David Karape
Combien de lieux,
combien de temps
poésie
éditions Dédicaces
Combien de lieux, combien de temps
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Couverture : Carolyne Macmillan
(Huntly, Nouvelle Zélande)
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David Karape
Combien de lieux,
combien de temps
Quand l'orient et l'occident se croisent
C'était la nuit dernière
Avant l'exercice du testament,
Qu'un buveur entre dans le salon de Gouve,
Et achète un collier très long et très intéressant.
Encore, afin de témoigner
Son grand respect pour les filles de rue
Il le prit et ce collier tomba et se cassa,
Et les femmes passantes récoltèrent les pièces dormantes.
En cette urgente manière
Les femmes entassées, blondes et brunes,
Passent leur route et vont ramasser
Des diamants qui roulent désormais.
Pour obtenir ce don inavoué
Elles tranchent et coupent leurs vêtements,
Une faim approfondie, qu'elles ont comme des louves,
Elles se battent de cette manière urgente.
Ce petit et fatigable va-et-vient
Continu jusqu'au matin du lendemain,
Des diamants se cachent et se retrouvent -
Beaucoup de gens, des milliers de gens.
Plus d'ambitions et plus d'argent -
C'est la condition, dont se trouvent
Les dames, qui demandent à leurs amants
Une nuit dernière, non oubliée.
Les femmes françaises et étrangères -
En
Bouillantes et presquecrues,
Entrent dans cette mise en scène
Chaque fois et régulièrement.
Des diamants dans les mains,
Une chaleur dans les seins,
Le rythme de pulsation accrue,
Et un désir voluptueux de manger.
Très bien, alors passons
Aux effets énormes des passions.
Une vie incroyable
Peut devenir enviable
Et désireuse,
Si heureuse,
Dans les affaires de coeur
Encore battante, mais déjà morte.
D'abord,
C'était Pépin, le voleur,
Qui portait un veston rose,
Mais de nature toute en prose.
Ces
deux choses en
ensemble,
Sont un peu semblables
Aux portes ouvertes que nous laissons
Pour entrer par la fenêtre à la maison.
Ce Pépin
Adorait une femme,
Qui habitait dans une pièce rouge,
Dont les allées gauche et droite
Donnent surtout sur le champ.
Sur la glace de la lampe
Comme sur le ciel noir
Veulent s'asseoir
Des corneilles qui touchent
Affamées
Du pain.
Une maison…
La façade - sur la forêt noire.
Des fenêtres - toujours ouvertes,
Et des balcons - très exubérants,
Et le soleil caché par les arbres.
Un parfum déplorant et âpre
S'écoule de la cheminée vibrante
Avec la fumée grise et verte
Qui veut, ce soir
Faire débauche - ruiner la maison.
Cette fumée opale
Crée une flamme
Qui jamais ne bouge.
La flamme en voile,
Qui dévore et n'épargne pas.
Un bonheur retrouvé
En recherchant si longtemps
Et des fautes en dizaines fabriquées,
Et déjà résultées aux années perdues
Avec les personnes trompées
Et battues,
Avec lesquelles je ne reviendrai jamais
Et ne surviendront que les symboles embaumés.
Un bonheur - bon ou mauvais,
Que jamais et personne ne m'ôta.
Un bonheur, sur lequel
On peut passer les grilles de Dieu.
Un bonheur, même ombré,
Et gâté avec toi,
Tes indications amères,
Tes précautions sur l'orage dans la mer.
Pépin travaillait à la mer,
Qu'il hâtait et aimait comme l'enfer.
Il était adroit pêcheur -
Les poissons, qu'il avait, étaient savoureux.
Au mois d’août
En cachant ses bras en beurre
Pépin se décide d'empêcher
Le mariage de sa femme avec un Moureau.
C'est parce qu'il piétinait autour
De cette femme, pompeuse et pompée,
Pépin appliquait ses cerveaux très lourds
Pour comprendre la route de la vipère.
Moureau, le forestier,
Il travaillait de temps en temps
Le matin, la journée, encore le soir.
Et la nuit, il dormait comme un porc.
Le samedi, il sort
Pour donner ses honneurs noirs
Aux dames
De cette ville habituée.
On peut le voir dans les couloirs
Avec un air sérieux
En marchant sur le sol,
En louant son métier.
Il adorait et buvait l'alcool
Des quantités affreuses,
Comme de l'eau, qu'on boit
Après avoir mangé la viande salée.
Très bien,
Mon ami.
Veux-tu voler
Une femme respectable,
Ou une femme compromise ?
Ça ne fait pas une trop grande différence.
Faire ton affaire
Et pense comment l'organiser.
La misère
D’une tête qui a besoin d’être faite et refaite.
La peur, quand on voit l'ennemie en face.
Les abstractions et impressions très grises.
Les litres de vodka bus et les bouteilles sur la table.
Et les pièces d'un vase brisé et puis collé.
C'est une description vivante, précise et finie
Des intentions de Pépin à la porte de cette femme indienne.
Il bat la porte, qui s'ouvre.
Il entre dans la maison, elle est assoupie.
Il monte les marches -
Étage, encore un étage,
Les marches tremblent.
C'est difficile de trouver sens semblable -
Simplement le mirage
Qui blesse et tranche
Avec baisers, avec soupirs
Comme fait la Joconde au Louvre.
Il l'a vu.
Elle l'indique.
Mais l'amour
Est l'intrigue.
Ou le bésigue.
Très simple, mais lourd.
Quand elle arrive, pudique
Entre deux entrevues.
Et puis ?
Aucune idée.
La seule frustration.
Seulement.
Fatigable exercice.
Et des larmes coulantes,
Et des rires vibrants,
Satisfactions obtenues,
Et rue noire dans la nuit
Avec bagages rassemblés
Et les yeux de larmes aveuglés.
Ces « non » et « oui »
Nous répétons brisés et vidés
De la puissante, mais épuisée passion.
En ces moments
Nous avons une crise
D'un désespoir qui se plante -
C'est un réveil si lent
De la nature dormante.
Et les corps pris et nus
Mutuellement -
C'est un plaisir divin, oui.
L'amour dans le champ de blé -
Les cœurs et les herbes brûlés -
Et puis vraiment
Nous avons dans les mains
La nausée de la vie
La saleté d'une ville.
L'orient et l'occident se croisent
Sur le chemin conduisant à l'enfer,
Parce que la vie se passe très souvent
Comme une jeu comique et tragique en même temps.
Et si la finale approche,
Quoi entreprendre ? Et que faire ?
Dormir au soleil ou crier dans le vent,
Ça dépend du sujet, que Dieu inventera.
Alors, le voleur et viveur libre
Ce Pépin reviendra aux actions quotidiennes,
La dame violée l'oubliera, il se fera oublier par les autres…
Et Jouvet, respectable, se mariera avec un plaisir convenu.
À la suite de ces mouvements andouilles
La journée précédente, va et la journée suivante vient.
On enseigne des leçons, on voit des maisons
Qui s'assoient dans la fatigue, ou se tiennent debout.
D'avoir, d'être et de posséder
L'amour, l'amoureux et l'amante,
Qui va finir, qui fait souffrir et qui trompe ?
Parce que c'est réglé par lois anciennes du monde.
Chaque personne doit être aidée,
Comme perdu dans le désert, un nomade,
Comme la société civile rendue à se rompre,
Comme un Sisyphe cassant ses chaînes qui abondent.
Combien de lieux, combien de temps
C'est la nuit,
Et l'étoile dormante
Sur ma route célestin,
Conduisant au dehors du monde.
L'ennui, c'est l'ennui,
Qui demande du vent
Obligatoirement,
Comme les pluies à Londres.
Combien de lieux !
Combien de temps !
On recherche le mieux,
Mais l'oubli on ne trouve pas.
Quand une femme
Se met sur notre chemin.
Nous la gardons
Avec un soupir si tendre.
Ça arrive souvent
Une main dans l'autre main,
Des âmes qui se pardonnent
En promettant de ne pas vendre.
De ne pas être vendu.
Au magasin d'antiquités,
Aux foires, aux enchères.
Et dans une société renouvelée.
- Moi, c’est comme toi !
- Je ne pourrai jamais te quitter
- Ne devient pas étranger, mon cher
- C’est très bien d’être unis, d’entremêler…
Combien de lieux !
Combien de temps !
On recherche le mieux,
Mais l'oubli on ne trouve pas.
La nausée.
Pour apprendre à vivre.
Et passer cette vie
Sans espoir aucun
Et même désespoir.
Nos natures exposées
Dans de vraisemblables livres.
Nos sentiments inassouvis -
Au blanc écran,
Dans la salle noire.
Rires et sourires - quand on voit
Son image des temps adolescents,
Après les années très longues,
Qui s'écoulent comme fantasme imaginé.
Ces portraits de personnes très gênées -
L'air en lumière, la vie en prologue.
Une fraîcheur lointaine on sent,
Qu’il est si difficile de revoir plus tard.
Tu te souviens
Des bateaux sur le lac,
Si calme et si battant -
On vient
Les ondes, qui se claquent
Aux pensées immobiles en attente.
De plus en plus
Nous devenons très vieux
Comme les chênes dans une forêt rajeunie
Comme les louves oubliant de voler.
Et ce blues.
Ce blues sans début et sans fin.
Il blesse, il casse - une mélodie jolie,
Parce qu'il casse ce qu'on ne peut pas coller.
Combien de lieux !
Combien de temps !
On recherche le mieux,
Mais l'oublie on ne trouve pas.
La mémoire
Nous invite à s'asseoir.
Elle déclare. Et elle peint
Notre vie qui s'éteint.
Nous invite à s'asseoir
... La mémoire.
Elle mendie si vivement
Notre mort éclaboussant.
Je me trouve toujours
Dans un rêve :
Dans le même hôtel
Avec le va-et-vient usuel.
Le matin de chaque jour
Je me lève,
Et je cherche comment m'ôter
De ce cauchemar et de ses poids.
Que peut signifier ?
Reproduction d'une vie passée si longtemps ?
Ou l'enfer qui nous attend
Nous séduisant de sons et de couleurs ?
D'être fier
D’être présent à ces cancans,
Sans reproches et sans réprimandes -
C'est une douleur.
Douleur inventée.
Inventée par Dieu.
Et ce Dieu, qui veut chuchoter
De faiblesse humaine.
Vanter et être vanté,
Aimer le cheval que nous frappons,
Sauter vraiment sous terre -
Ces tentations nous font si vaines.
Cette vie qu'on nous donne
Sert d’intermédiaire
Entre nous et le ciel
À être bien préparés
Et encore examinés
Pour des qualités innées et... puis perdues.
Perdus dans l'obsession du monde,
Dans un bruit des stations balnéaires,
Et quand on mange du gâteau au miel,
On mange comme si la faim est apparue.
Et les gens piétinent affamés
En ignorant les missions qui sont dues.
Combien de lieux !
Combien de temps !
On recherche le mieux,
Mais l'oublie on ne trouve pas.
Alors que l'homme vivra,
Avec une femme, il fera l'amour,
C’est clair telle une chose inévitable,
Qu'il sera une marionnette inaperçue.
Ce sens aveuglant et tirant
Ne fait qu'une chose abasourdie et lourde
De cet homme, buvant à la table,
Dont les pensées sont au-dessus...
Au-dessus de la tête.
Chacun de nous est en dette,
Avec un enfant qui grandit,
Et des parents, en les soutenant,
De la femme avec laquelle on dort.
Des lois sociales se mettent
En scène maudite.
Par ailleurs les instincts sales et laids -
Pour tous, il y a une source de larmes.
Et l'homme,
Créant des difficultés,
Et conquérant un pays nouveau,
Sent sa force venir de l’horizon.
Mais seul, il y a besoin d'une gomme
Pour supprimer et effacer la vie occultée,
Pour parvenir à la terre promise et retrouvée,
Et pour comprendre le seul livre que nous lisons.